Médecine ou pas médecine… telle est la question! (PARTIE I)

Médecine ou pas médecine… telle est la question! (PARTIE I)

« Si j’avais su, je n’aurais jamais fait médecine… »

Si on avait collecté un Dirham à chaque fois que cette phrase avait été prononcée par un étudiant en médecine en galère, on aurait eu de quoi  éponger les dettes du Maroc à l’international, redresser le système de santé et réformer l’éducation… ou plutôt de quoi organiser une coupe du monde de football en 2350.

En étant convaincus ou tout simplement désespérés, nombreux sont les carabins qui à mi-parcours regrettent d’avoir choisi de faire médecine. Ce choix d’études qui au début était synonyme de prestige et de fierté devient tout à coup un fardeau tel que certains pensent  à abandonner ou se résignent à continuer à contrecœur car il est trop tard pour faire marche arrière.

Naturellement, la question qui se pose est: comment arrive-t-on à haïr ce domaine qui pourtant semblait tellement attrayant au début? La réponse est toute simple! Rien ni personne ne prépare les nouveaux étudiants en médecine à ce qui les attend. Leur vision des études médicales est largement influencée par l’opinion générale qui les dépeint d’une manière utopique et presque anodine. La réalité est toute autre ! Devenir médecin est sans aucun doute un choix de carrière alléchant, mais pour y arriver, il faut d’abord traverser un véritable parcours du combattant dont seuls les plus résistants –et non intelligents- peuvent venir à bout.

Cette série de chronique servira de « sonnette d’alarme » ou de « wake-up call » aux nouveaux bacheliers qui penseraient à faire médecine. Son but n’est aucunement de les décourager mais de leur raconter la réalité des études médicales, dans ses aspects positifs mais aussi et surtout négatifs, avant de se lancer aveuglément dans ce domaine impitoyable. Après avoir lu ceci, vous ne pouvez plus dire que vous n’avez pas été avertis…

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Après avoir décroché le baccalauréat haut la main avec une note excellente et une mention, un océan de choix s’ouvrent  devant les élèves désireux de continuer sur la même lancée et accéder à une grande école. A partir de cet instant, il ne s’agit plus simplement de satisfaire son ego, rendre ses parents et sa famille fiers ou faire pâlir de jalousie les voisins envieux. Cette fois, il ne s’agit pas seulement d’obtenir de bonnes notes, être à la tête de la classe ou de réussir son année. Le choix de l’école supérieure déterminera la voie qu’on empruntera, le métier qu’on exercera le restant de sa vie et ce n’est certainement pas un choix à faire en tirant à pile ou face ni afin d’exaucer le rêve de ses parents !

Alors, que faire devant un tel dilemme? Ingénierie ? Architecture ? Commerce ?… Et pourquoi pas médecine ? Bah oui, après tout être médecin est un métier noble, respectable et avant tout humain. Puis même si ça dure 7 ans, il n’y a que la première année qui est dure et le reste c’est du gâteau, tout le monde sait ça. En plus, après c’est facile d’ouvrir un cabinet et l’argent coulera à flots. Que demander de mieux ? A ce stade, le bachelier lambda désirant faire médecine s’imagine déjà dans sa blouse blanche immaculée entrant dans son cabinet et passant devant une salle d’attente comble où ses patients le regardent avec dévotion comme si le Messie était apparu devant eux. Il imagine déjà sa mère bavardant avec la voisine et glissant subtilement que son fils « le médecin » est tellement populaire et que son cabinet ne se vide jamais. Ou bien son père installé avec ses amis dans un café qui lance, tout en sirotant son thé à la menthe, que faire médecine n’était pas fait pour tout le monde et que ô combien il était fier de son fils. Ah, être médecin… c’est le rêve !

C’est bon, c’est décidé, ce sera médecine ! Pas grave si l’été est sacrifié même si on est lessivés après toute une année à fournir des efforts colossaux afin d’obtenir le bac avec une bonne note. Pas grave si le voyage est remplacé par des cours de préparations au concours ou si au lieu de sortir s’amuser avec ses amis, on reste cloîtré dans sa chambre à réviser. Tout ce qui compte c’est de réussir le concours d’admission et pour cela il faut mettre les bouchées doubles.

Le jour du concours arrive et on jurerait qu’on assiste à un remake de Hunger Games en moins sanguinaire mais tout aussi violent. Devant 3.000 ou 4.000 bacheliers anxieux errant dans les couloirs immenses de la Faculté de Médecine à la recherche de leur salle, réussir le concours et se classer parmi les 400 premiers paraît relever du miracle. Des semaines de préparations acharnées se résument en une matinée, 4 matières et la capacité de chacun à faire face à la pression du temps et ne pas craquer face au stress de la compétitivité… Un tout petit avant-goût de ce qui attend les bacheliers qui seront sélectionnés lors des prochaines années à venir.

Ceci dit, le plus dur reste sans doute l’attente des résultats. Comme le remarqueront les futurs sélectionnés, s’il y a une chose que la Faculté de Médecine maîtrise à la perfection c’est le suspense avant l’annonce des résultats et leur capacité à les afficher lorsqu’on s’y attend le moins. C’est ainsi que vers minuit, on se retrouve à paniquer derrière son écran d’ordinateur devant le site de la Faculté surbooké qui refuse de s’ouvrir –une autre particularité quelque peu énervante, car elle tombe toujours dans les moments les plus opportuns. Finalement, le bouton F5 a raison du site qui s’ouvre en fin de compte et là…

C’est l’explosion de joie, les larmes des parents et les messages d’encouragement qui fusent de partout. A noter qu’à partir du moment où on est admis à la Faculté de Médecine, quiconque en dehors du domaine de la santé t’appellera « Docteur » afin de flatter ton ego et à chaque réunion de famille on te demandera, le plus sérieusement du monde, la question la plus gênante et déplacée qui soit : « Alors, tu comptes faire quelle spécialité ? ». Changement de statut oblige, le profil Facebook subit un changement radical qui marque le passage du lycéen rebelle à l’étudiant futur médecin : Dr House tenant un cerveau en photo de couverture ou partage de vidéos « médicales » où on fait l’apologie du miel en tant que cicatrisant ou de l’utilisation de l’«habba sawda » en tant  qu’anti-cancéreux… Pour les plus culottés, ce sera une photo en blouse blanche comme photo de profil. Bref, tous les moyens sont bons pour crier haut et fort au monde entier qu’on deviendra MÉDECIN !

A ce moment, le rêve qu’on a nourri pendant des semaines et des mois –voire des années pour certains-, devient tangible, à portée de main. Après tout ce qu’on a enduré entre coups durs, privations et échecs, plus rien ne semble insurmontable. On fonce tête baissée dans ce monde qu’on croit bien connaître en se basant sur les on-dit, sans penser un seul instant que ce domaine dans lequel on s’aventure est loin d’être aussi utopique ni aussi indulgent qu’on le croyait… reste à savoir, à quel point ?

A suivre…

GARARA Zakaria
7ème année, FMPC