Médecine ou pas médecine… telle est la question! (PARTIE II)

Médecine ou pas médecine… telle est la question! (PARTIE II)

Premier cycle, premières déceptions…

…et c’est le moins qu’on puisse dire !

Tout un été – ou ce qui en reste après les concours- à fantasmer sur le premier jour à la Faculté. On imagine une entrée fracassante à la Michael Jackson ou Beyonce où toutes les mâchoires tomberont et toutes les têtes se tourneront au passage du futur Dr Shepherd. Car oui, en attendant la rentrée universitaire il faut bien se préparer et quoi de mieux qu’une orgie de séries médicales ultra-réalistes à bouche que veux-tu? Et c’est parti pour un marathon de Dr House, The Good Doctor, Grey’s Anatomy, Urgences, Scrubs…  Bref, la médecine n’a plus aucun secret et bien entendu, on ne peut s’empêcher de lancer un ou deux termes médicaux qu’on a appris grâce à Dr Doug Ross à la table du dîner devant des parents admiratifs et tout fiers de leurs petit futur médecin chéri.

Le jour J arrive enfin et tout excité, on se dirige à la Faculté de Médecine et de Pharmacie – car oui, on y enseigne la pharmacie aussi -où on passera  les « quelques années » à venir. Un peu comme Harry Potter découvrant Poudlard pour la première fois, on pénètre dans l’antre de la Faculté –sans barques ceci dit- où tous les nouveaux étudiants s’attroupent dans le hall d’entrée impatients à l’idée d’entamer ce cursus sans pour autant savoir ce qui les attend. Toujours dans l’esprit de Poudlard, mais sans banquet de bienvenue, on nous rassemble pour un mot de la part du doyen qui souhaite accueillir les nouveaux venus. Alors, forcément, les petits nouveaux se feront caresser dans le sens du poil. On les traitera d’élite, d’étudiants brillants ou pour reprendre l’expression fétiche qui revient le plus : « la crème de la crème ». Tout ce qui compte pour les nouveaux, et les parents poules qui ont insisté pour venir –sérieusement ?-, c’est de s’entendre dire qu’on a fait le bon choix et que le reste n’a aucune importance « du moment que vous deviendrez MEDECIN ! ».

Fini le lycée avec ses règles strictes, son austérité étouffante et son personnel tyrannique ! L’entrée à la Faculté signe un nouveau départ et devient synonyme d’épanouissement et de liberté. Liberté de rentrer au cours magistral ou pas, de le quitter à n’importe quel moment, de checker Facebook, Instagram et compagnie à n’importe quel moment, ou même de bouffer en plein milieu du cours ! Ah le rêve… mais en dépit de tout ça, on choisit tout de même d’assister aux premiers cours et les premières différences se font déjà ressentir. Fini les classes restreintes de 30 élèves maximum et bonjour à l’amphithéâtre blindé de monde qui se transforme en sauna au bout de 15 minutes car le système de ventilation ne marche qu’à moitié et que forcément un espace clos renfermant 500 personnes finira par générer un effet de serre. Alors en suant comme un porc, on essaie d’entendre ce que dit le professeur qui avance sans se soucier de savoir si les étudiants suivent ou pas… voilà un autre avantage qu’on perd au supérieur. Fini les temps où on pouvait interrompre le professeur pour lui demander de reprendre dès le début car votre copine vous racontait les derniers potins au lieu de suivre. Enfin si ! On peut poser des questions mais seulement si on est assez courageux pour se livrer à un combat à mort avec certaines étudiantes dont la spécialité est d’arriver 30 minutes à l’avance et de jouer des coudes –ou littéralement frapper- afin de réserver les places du premier rang… sinon c’est mort.

Pour celles et ceux qui se voyaient déjà étudier des techniques chirurgicales ultra-compliquées à ce stade, ils connaîtront leur première déception devant la concoction de cours fades et insipides à leurs goûts. Biologie, biochimie, biophysique, médecine sociale… et sinon on apprend à sauver des vies quand ? Heureusement que l’anatomie est là ! De loin la matière favorite des nouveaux étudiants en médecine, sans doute car elle est la plus proche de la médecine telle qu’on la rêvait. Sauf que toujours au lieu de manipuler un scalpel, on s’arme de crayons de couleurs afin de dessiner les artères en rouge, les veines en bleu et les vaisseaux lymphatiques en vert…

Petit à petit, on commence à s’adapter à l’écosystème de la faculté, un écosystème un peu particulier où on finit par comprendre que chacun est livré à soi-même… littéralement. Chacun est libre de ses mouvements et ses choix comme par exemple, le choix entre aller prendre son petit-déjeuner à la buvette, bavarder à la bibliothèque ou assister au cours. C’est comme ça qu’on se rend compte que la faculté se résume à des endroits et des personnes clés qui nous permettent de survivre dans cette jungle où c’est chacun pour soi. La bibliothèque par exemple qui devrait être synonyme de calme et de révision, est en réalité un espace de rencontres où on a plus de chances d’entendre les derniers potins que de trouver un manuel dans les étagères. La buvette qui constitue une sorte d’échappatoire et de défouloir pour les étudiants et où on sert, à prix réduits pour étudiants, des repas qui sont…  ne gâchons pas la surprise. Quoi d’autre ? Ah oui, le service de scolarité bien sûr! Toujours disponibles et accueillants, souriants et bienveillants, ils font en sorte de faciliter tout ce qui a trait à l’administration. Une expérience agréable dont tous les étudiants en médecine raffolent.

Au bout du premier mois, les différents profils de carabins commencent à apparaître. Premièrement,  ceux qui ne lâchent rien et assistent religieusement à tous les cours et prennent note d’absolument TOUT ce que dit le professeur –y compris les euuuuh- . Ceux-là ne quittent l’amphithéâtre qu’afin de se rendre chez eux pour bosser de plus belle. Pour eux, la médecine est égale à acharnement et dépassement de soi. La deuxième catégorie, et probablement la plus importante, est composée de ceux qui rentrent en cours rien que pour avoir la conscience tranquille. En gros s’ils n’assistent pas ils culpabiliseront du fait qu’une information aurait pu leur échapper, par contre quand ils assistent ils ne retiennent absolument rien car ils sont plus intéressés par les commérages et leurs smartphones. En général ils quittent le cours avant l’heure pour continuer leur session de ragots à la bibliothèque … ou applaudissent 30 minutes avant la fin du cours pour signifier au professeur de se dépêcher de finir. La troisième catégorie est composée de ceux qui viennent à la fac mais préfèrent passer leur matinée à la buvette jouant au baby-foot ou au billard. Le jour où ils assisteront à un cours, on peut être sûrs que l’apocalypse est proche. Finalement, la quatrième catégorie c’est la catégorie des feignasses  ou ceux qui préfèrent faire la grasse matinée au lieu de venir au cours et qu’on ne voit en général que le jour de l’examen.

Les jours avancent et se ressemblent jusqu’au jour où on annonce le premier T.P* d’ostéologie (Travaux pratiques*). C’est fou de voir le changement d’attitude entre la première année où n’importe quelle annonce suscite un engouement général alors que plus tard dans le cursus cela n’inspire que de l’indifférence. Bref, pourquoi les première année s’excitent autant pour un simple T.P? Pour deux raisons : la première, c’est qu’ils vont enfin pouvoir FAIRE quelque chose au lieu de suivre passivement un cours. La seconde c’est qu’ils vont enfin pouvoir enfiler une blouse blanche et se pavaner avec dans les couloirs de la faculté. Et c’est parti pour le rituel de la séance photo en blouse de médecin et les statuts et hashtags tous plus ridicules les uns que les autres sur les réseaux sociaux : #Médecine #MD_to_Be #Doctor’s_life… etc. On rentre en classe de T.P d’anatomie  et on se retrouve devant une boîte remplie de côtes émiettées, d’une clavicule dont la moitié manque et une scapula trouée au milieu… Finalement la séance se passe comme en amphi sauf qu’ici on peut faire joujou avec des faux os cassés. Idem pour le T.P de biologie cellulaire où on a droit à des microscopes et échantillons qui datent des années 80s.

Déception après déception, on commence enfin à réaliser que rien ne ressemble à ce qu’on imaginait mais pas le temps de s’apitoyer sur son sort, car la menace fantôme AKA les examens approchent à grands pas et qu’il faut se ressaisir. Durant cette période la phrase qui revient le plus est : «Je suis en retard, je dois vraiment commencer à bosser ! », lancée par des étudiants anxieux mais qui n’arrivent pas à se résigner à commencer la montagne de polycopiés qui les attendent. Sans doute le plus gros changement par rapport au lycée, la préparation aux examens est une période particulièrement stressante et anxiogène car chacun doit apprendre à trouver sa méthode et son rythme de travail mais surtout, surtout, apprendre à ne compter que sur soi. Au lycée, une horde de professeurs étaient sur le dos des élèves afin de s’assurer qu’ils réussissent, alors qu’à la fac on ne peut compter que sur soi. Cet exercice est d’autant plus difficile pour ceux qui ont pris l’habitude d’enchaîner les cours à l’école, les cours du soir, les cours à domicile et les révisions en groupe, et qui ont du mal à travailler seuls sans l’aide de personne. Comme ne cessent de le répéter les professeurs à la faculté, les études supérieurs c’est de l’AUTOFORMATION ! Autre changement qui n’est pas pour rassurer les nouveaux étudiants, c’est qu’il n’existe pas de contrôle continu -ni d’une administration qui gonfle les notes derrière. A partir de maintenant, ça passe ou c’est la deuxième session ! Ah la deuxième session… le cauchemar de tous les nouveaux étudiants qui n’ont jamais connu de défaite avant et dont la notion de rattrapages est synonyme de honte et d’échec impardonnable.

Toujours en période de préparations, qui d’ailleurs se prolonge un à deux mois avant le début des examens, on aura toujours un ami qui ne fait pas médecine qui nous sortira un des plus gros mensonges qui circulent à propos de ses études. Alors qu’on se plaint de la longueur des cours, de leur difficulté impressionnante et de l’immense retard accumulé, il sortira en toute confiance et avec un petit air supérieur de celui qui sait tout : « La médecine c’est facile ! Suffit juste de tout apprendre par cœur ». A ce moment on a le choix entre éclater en sanglots ou de commettre un meurtre, mais en bon étudiant en médecine on se remet à éplucher les polycopiés de plus belle. A un moment ou un autre, les nouveaux carabins feront forcément la connaissance des stars des examens, celles dont le seul nom fait blêmir certains et se compisser d’autres, plus connues par leurs initiales : les QCM *cri d’horreur*

Les QCM, pour ceux qui ne les connaissent pas, c’est le système d’évaluation qui est largement utilisé dans les Facultés de Médecine et qui consistent à répondre aux questions en cochant la ou les bonnes réponses. Vu qu’il n’existe aucun 20/20 Biologie ou Dima Dima Anatomie, on se rabat sur les épreuves des dernières années regroupées dans un polycopié qui pèse une tonne car il contient des QCM remontant jusqu’à 20 ans auparavant et que Monsieur le photocopieur n’a pas jugé utile d’enlever  tout en sachant pertinemment que le programme a radicalement changé depuis! On essaie de ne pas penser au nombre d’arbres sacrifiés pour des feuilles qu’on n’utilisera jamais et on se remet au travail, sauf qu’il arrive toujours un moment où on est tentés de laisser tomber le cours et de bosser les QCM. Là encore, il existe des catégories de carabins : ceux qui bossent le cours pour approfondir leurs connaissances et réussir leurs examens tout à la fois, puis ceux qui délaissent le cours pour engloutir les QCM des ans passés dans l’espoir qu’ils se répètent et uniquement dans le but de valider leurs matières. Mine de rien, chaque stratégie aura des conséquences drastiques au long terme. La différence ne se fera pas sentir sur le champ mais un peu plus tard lorsqu’on se retrouvera devant un patient et que les machines à QCM ne trouveront pas de cases à cocher. Alors cours ou QCM ?

Le jour de l’examen arrive enfin et cette fois, il s’agit d’un remake de The Walking Dead. La scène qu’offre ce jour est la suivante : des centaines d’étudiants sous  l’emprise de la caféine, les yeux regardant dans le vide et couronnés de cernes atroces, se dirigeant parmi les dédales de la Faculté vers leurs salles d’examens telle une horde de zombie. Chacun a sa manière de faire face au stress, soit exploser au visage de quiconque qui oserait s’approcher, soit s’isoler dans un coin pour une révision de dernière minute, ou même re-répondre aux QCM des ans derniers. Bien sûr, on rencontre forcément Mister ou Miss QCM qui a appris par cœur 15 ans d’examens avant de venir et qui lance des phrases absurdes du genre : « Ah ça je reconnais, c’est la question 43 de la session Janvier 2011 ! » ou « T’as vu comme la session de Juin 2015 était dur ? ». On rencontre aussi celui qui adore répandre des rumeurs alarmantes à la dernière minute et contempler avec satisfaction la panique que cela engendre, un peu comme donner un coup de pied dans une fourmilière. En gros, les examens sont sans doute l’expérience la plus pénible de tous, non pas à cause de leur difficulté mais plutôt pour leur caractère aléatoire et parfois dénué de toute logique. Si on pensait que le bac était difficile, le premier semestre en médecine est 5 fois plus dur et cela va en empirant d’année en année. Comme quoi le mythe de « après le bac tu te reposeras » est archi-faux.

A peine les examens finis, le deuxième semestre débute tout de suite après. Pas de répit est le slogan des études médicales et ce sera comme ça tout au long du premier cycle puis au-delà. Les quatre semestres se ressemblent affreusement dans leur forme mais pas le fond car les matières changent et la difficulté va en augmentant – ahem ahem MICROBIO-. Aussi impressionnant que cela puisse paraître pour le moment, on s’habitue au rythme des cours, des examens et du stress énorme qui nous accompagnera tout au long du cursus. On fait des rencontres magnifiques avec des personnes qui deviendront nos collègues et notre famille par la suite, voire même nos partenaires de vie. On finit par connaître un échec sous la forme de rattrapages ou d’une année échouée mais on apprendra tant bien que mal à l’accepter et à aller de l’avant. On a la possibilité de participer à la vie estudiantine grâce à la multitude d’associations et clubs qui participent largement à l’épanouissement des étudiants. On a surtout l’opportunité d’apprendre à mieux nous connaître, nos capacités, notre endurance, nos limites… à les exploiter et à les améliorer.

Même si au plus profond du désespoir en période de préparations tout nous paraît noir, les études médicales ont un charme bien particulier à elles, une sorte de syndrome de Stockholm qui nous fait tomber amoureux et nous attacher à la médecine et à la Faculté. Ceci dit, le seul prérequis pour ceci est d’avoir fait le choix de la filière par vocation et non pas pour des raisons pécuniaires ou pour réaliser le vœu des parents ou pire, car on n’avait pas d’autre choix. La médecine est avant tout une vocation et c’est cette même vocation qui nous permet d’aller de l’avant et de braver les innombrables obstacles qui parsèment le route vers notre objectif primaire : devenir médecin !

Après deux ans de trime, on se réconforte à l’idée des stages hospitaliers quotidiens à partir de la troisième année où on pourra enfin « devenir médecins »… mais ça c’est une autre histoire.

A suivre…

GARARA Zakaria
7ème année, FMPC.