Apprendre à accepter l’échec : « Le deuil de l’étudiant en médecine »

Apprendre à accepter l’échec : « Le deuil de l’étudiant en médecine »

Il en existe au moins un spécimen dans chaque groupe de stage ou de TD/TP. Vous savez ce spécimen d’étudiant qui, le lendemain de l’affichage des résultats du semestre, récite ses notes à qui veut bien l’entendre –ou pas. Assis dans ton coin à l’écart des autres, tu pries de toute ton âme pour qu’il ne se dirige pas vers toi… ce qu’il finit par faire éventuellement. Quinze minutes durant et sans s’arrêter il relate jusqu’au moindre détail les évènements qui ont mené à l’exploit olympien qu’il a réalisé, à savoir TOUT VALIDER D’UN COUP !

De ton côté, tout en faisant semblant d’être intéressé, tu redoubles intérieurement en prières pour qu’il ne pose pas LA question que tu n’as pas envie d’entendre. Deux petits mots qui achèveront de détruire le peu de fierté et d’amour propre qui te restent après le choc du jour d’avant : « Et toi ? ». Cette question est d’autant plus énervante car tu sais pertinemment qu’il connaît déjà la réponse et qu’il sait que tu le sais. Inutile de préciser que c’est le même spécimen d’étudiant qui ne se contente pas seulement de voir ses propres notes mais de scanner les résultats de tous ceux qu’il connaît afin de se comparer à eux -vous vous reconnaîtrez !- ou pire, à vérifier si ses pronostics étaient bons : « Ah bon ! Ali n’a raté que deux matières ? J’aurais misé sur plus ! » ; « Safaa a tout validé ? C’est sûr, elle a dû tricher ! ».

Bref, il finit bien-sûr par poser LA question tant redoutée. Au vu du petit sourire goguenard aux lèvres et le regard empli d’un mélange de fierté pour lui-même et de pitié pour toi, tu suspectes à quel point il savoure le moment. Tu finis tant bien que mal par bredouiller que tu as des rattrapages à passer. Si ce n’était pas assez pénible de l’avouer, il en rajoute une couche en feignant être surpris et en ponctuant le tout de phrases toutes fabriquées et creuses du genre : « Pourtant tu avais bien préparé ! » ; « Il doit y avoir une erreur ! Dépose une demande de recorrection… On ne sait jamais » ou la pire de toutes « Ce n’est pas grave, tu te rattraperas en DEUXIEME SESSION ». C’est en prononçant ce mot que ton monde s‘écroule…

 

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Toujours premiers de la classe au lycée, un baccalauréat avec mention et un 15 de moyenne pour le plus « nul » d’entre nous, l’échec est une notion jusque-là inconnue pour la plupart des nouveaux étudiants en médecine. Vivre un échec n’est pas chose facile, encore moins dans un milieu aussi compétitif que le nôtre. En nous décrivant comme « la crème de la crème » dès notre premier jour à la Faculté, il est sous-entendu – ou du moins c’est ce que nous comprenons- que l’échec n’est pas permis ou que ceux qui échouent seront à tout jamais relégués au fin fond de la classe sociale des étudiants en médecine.

Ceci pourrait expliquer les visages en larme, les échauffourées qui éclatent pour un oui ou pour non et les corps évanouis jonchant le hall de la Faculté le jour de l’affichage : c’est le choc causé par un échec, ou la première étape de ce qu’on pourrait appeler le « deuil de l’étudiant en médecine ». En effet, cette étape signe la fin solennelle de l’ère du lycéen parfait et le début de l’ère de l’étudiant humain qui peut connaître l’échec comme le commun des mortels. Face à cette dure réalité, l’étudiant en médecine lambda entre dans la phase de déni où il refuse toujours de croire qu’il a raté une ou des matières et qu’il devra passer par l’épreuve « humiliante et dégradante » de la deuxième session.

Le déni fait rapidement place à la colère et en général cette transition a lieu suite à un évènement déclencheur : ta maman qui t’annonce tout sourire que le fils de son amie a tout validé, ton pote qui poste un V majuscule sur son statut Facebook… ou le même étudiant sus-décrit qui te harcèle pour connaître tes résultats. On en veut à tout le monde, à commencer par soi-même pour ne pas avoir été à la hauteur, au prof pour avoir posé des questions « pièges », à tes camarades qui à force d’arguments pertinents t’ont convaincu de ne pas bosser les QCMs -alors qu’eux l’ont fait en fin de compte-… tu en veux même à Marvel d’avoir sorti le dernier Avengers en période de prépas ! Bref, toutes les raisons sont bonnes pour haïr le monde entier.

« Et si j’avais bossé les QCMs ? Peut-être ne fallait-il pas sauter ce cours ? Je n’aurais pas dû changer de réponses à la dernière minute ! ». Quand on commence à penser de la sorte, cela signifie qu’on entre dans l’étape du marchandage où la culpabilité prend le dessus et qu’on commence à imaginer divers scénarios où les choses seraient différentes et finiraient toujours par un gros V en gras à côté de notre nom le jour de l’affichage. Certains peuvent même pousser le bouchon un peu trop loin en se persuadant qu’il s’agirait d’une sorte de punition divine et que, c’est décidé, dorénavant ils n’accumuleront plus les horaires de prières à la fin de la journée, qu’ils remplaceront Shape of You par le muezzine comme sonnerie de téléphone et qu’ils partageront d’avantage de statuts pieux sur les réseaux sociaux.

A force de culpabiliser, on finit forcément par connaître une période de dépression ou de tristesse profonde. Repli sur soi et remise en question sont les maîtres symptômes alors que d’autres signes mineurs peuvent être présents : pleurs incessants, absentéisme, surmenage, désactivation de Facebook, suppression d’Instagram et Snapchat… C’est aussi et surtout l’étape où on finit par réaliser complétement que le lycéen modèle au palmarès sans-faute est mort pour de bon et qu’à la place renaît un étudiant dont le cursus dépendra de sa capacité à faire face aux différents challenges qu’offre ce domaine « sans pitié ».

Si l’étape de la dépression donne l’impression de toucher le fond et paraît insurmontable, elle permet néanmoins le passage vers sans doute l’étape la plus importante de toutes : l’acceptation. L’acceptation que l’échec fait non seulement partie intégrante du cursus normal de tout futur médecin mais de la vie en général. L’échec n’épargne que très peu, voire personne, et quiconque admet le contraire est soit surhumain soit extrêmement chanceux (ou un peu mythomane). Aussi surprenant que cela puisse paraître, même nos professeurs les plus distingués ont déjà connu des échecs pendant leurs études.

Il est vrai que rater une matière ou même retaper une année est très pénible et dévastateur, mais cela ne reflète en rien le vrai niveau des étudiants et ne les dévalorise absolument pas. Quoiqu’on en dise, la feuille d’examen n’est en rien le miroir de l’étudiant mais seulement un lien entre ce dernier et le correcteur. Un lien avec lequel peuvent interférer plusieurs facteurs qui feront pencher la balance en la faveur ou défaveur du candidat. Il est donc totalement absurde de réduire un étudiant à une simple feuille d’examen ou un seul échec.

Au lieu de rester sur une défaite, de baisser les bras et abandonner, il convient d’analyser la situation, de se poser les bonnes questions et surtout de ne pas avoir peur de se remettre en question. « Ai-je commis des erreurs ? Comment pourrais-je m’améliorer ? Comment éviter que cela se reproduise ?… » : ces questions pourraient être un bon début afin de trouver la source du problème pour pouvoir se reprendre en main et aller de l’avant. Le plus important est de ne jamais abandonner et savoir tirer les bonnes leçons de ses erreurs. Au final, échouer pourrait permettre de mieux connaître ses capacités, ses forces et ses faiblesses, mais encore à être plus indulgent avec soi-même et avec les autres. François Mitterand aurait dit : «La pire erreur n’est pas dans l’échec mais dans l’incapacité de dominer l’échec».

 

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Cher(e)s étudiant(e)s en médecine, si jamais vous êtes amenés à rater une matière, à invalider un service ou même à retaper une année, souvenez-vous de ceci : ce qui importe le plus ce n’est pas le nombre de fois où vous tomberez mais bien le nombre de fois où vous vous relèverez et continuerez à aller de l’avant. Finalement ce qu’on retiendra de vous ce n’est pas le nombre de V que vous collectionnerez lors de vos années d’études mais plutôt ce que vous apporterez à notre communauté en tant que futur médecin.

Arrêtez de voir l’échec comme une impasse et considérez-le comme un simple faux-pas dans votre course vers l’excellence.

Apprendre à accepter l’échec :
« Le deuil de l’étudiant en médecine »

GARARA Zakaria
Septième ème année, FMPC

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